2022-11-28

Un arbre un habitant ou un arbre une commune ? L’axe cadre de vie ne répond pas aux besoins

Lors de la séance publique du 21 octobre 2022, la majorité départementale a présenté le règlement d’intervention de l’axe cadre de vie du projet un arbre un habitant. Cet axe est censé faciliter l’adaptation au changement climatique en encourageant la réalisation de plans de végétalisation et d’îlots de fraicheur. Daniel Bessiron, conseiller départemental du canton d’Echirolles, est intervenu au nom du groupe UGES pour souligner l’incohérence entre les objectifs affichés par la majorité départementale et les mesures opérationnelles proposées. Il appelle à une orientation plus judicieuse et équitable des crédits pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.

En mars dernier, la majorité départementale avait présenté un projet de plantation de plus d’un million d’arbres en Isère, nommé « Un arbre un habitant », dans le but de stocker davantage de carbone, de mieux s’adapter au changement climatique et de favoriser la biodiversité. Comment ne pas être séduit par ces objectifs ? Le groupe UGES avait donc voté pour ce projet sans problème.

Mais le règlement d’intervention du volet cadre de vie que le Département propose aujourd’hui au vote nous laisse perplexe : en effet, il est envisagé de limiter les subventions aux communes par rapport aux différentes opérations éligibles à un seuil maximum de 20 000 € et un minimum établi sur la base de 5 arbres plantés si l’action porte exclusivement sur la plantation.

Or, en s’appuyant sur l’expérience des collectivités, Daniel Bessiron a rappelé que pour désimperméabiliser et végétaliser une cour d’école ou un espace public le coût des travaux s’élève à plus de 110 €/m²  (soit environ 180 m² pour 20 000 €). Pour la création des jardins publics ou des squares, la réalité se situe aux alentours de 45 €/m² (soit 445 m² pour 20 000 €). Et pour la plantation d’un arbre dans un secteur urbanisé ou bituminé le coût approche les 4 000 € lorsque l’on prend en considération la réalisation de la fosse, la préparation du sol, l’achat de l’arbre et le premier entretien. Les communes vont donc grâce à l’aide du département pouvoir planter 5 arbres supplémentaires !

Avec l’arrivée de l’automne, il semblerait ainsi que le plan vigoureux présenté au printemps ait perdu brutalement ses feuilles et ait mué avec les saisons d’ « un arbre un habitant » en « un arbre une commune » – ou presque ! Une belle mesure qui devient symbolique. Malheureusement, le symbole ne permet pas d’enrayer les effets des étés caniculaires ou l’amélioration de la qualité de l’air. Et cette démarche ne permettra pas aux communes de combattre efficacement la problématique des îlots de chaleurs. Il aurait été plus judicieux pour ce volet « cadre de vie » d’orienter les crédits en priorité là où le bitume chauffe le plus en été, là où le sol des communes est le plus artificialisé. Ces villes auraient dans le contexte budgétaire actuel qu’elles traversent besoin d’un véritable financement permettant autre chose que l’éventuelle plantation de 5 arbres du Département.

Après un été anormalement chaud, le changement climatique est acté. L’urgence climatique est bien là et elle nous impose de prendre des mesures rapides et efficaces pour revégétaliser nos villes et villages en créant de véritables îlots de fraîcheur. Ceci bien sûr en priorisant dans un premier temps nos actions auprès des communes qui sont le plus concernées par ces phénomènes de réchauffement climatique plutôt que celles qui se situent entourées d’espaces forestiers ou de sites naturels. Nous aurions souhaité un plan équitable, c’est à dire orienté prioritairement là où le besoin des habitants et des habitantes est le plus important. Il aurait alors permis de faire levier pour lancer véritablement des projets ambitieux dans toutes les communes Iséroises.

Il ne s’agit pas pour nous d’opposer les petites communes aux grandes communes mais simplement de répondre aux besoins et à la nécessité d’agir. Car devant l’urgence climatique il est indispensable de prioriser les actions et l’efficacité de la démarche. Pour plus d’efficacité, nous aurions pu au préalable élaborer une cartographie des îlots de chaleur à l’échelle du Département comme certaines communes ou intercommunalité l’ont déjà fait sur leurs territoires. A même altitude, entre un secteur fortement arboré ou forestier et une zone plus urbanisée la différence de température porte sur environ 3 degrés.

Donc, si les élu.e.s du groupe UGES partagent les objectifs affichés, iels n’ont pas pu voter pour un volet qui devient un plan d’affichage avec le règlement proposé. Par le choix de la majorité départementale, le symbole n’améliorera pas la santé ou le rafraîchissement des Isérois et des Iséroises qui continueront malheureusement à suer à grosses gouttes lors des prochains étés caniculaires. Aussi, nous nous sommes abstenu.e.s sur ce rapport.